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CEREMONIA SIN TELÓN:Un sitio sobre artes escénicas

Le Sacristain en CEREMONIA SIN TELÓN:Un sitio sobre artes escénicas

Le Sacristain

Jean-Pierre de Beaumarchais:"Le Sacristain" Le Sacristain


Intermède imité de lespagnol




Scène I


Le théâtre représente une chambre. Une chaise longue est dun côté. Pauline, dessus, est livrée au sommeil. Elle se réveille et chante.



Pauline, à demi-voix.

Ah! Grands dieux! Est-ce un songe?

Dans quel trouble il me plonge!

Quelle ivresse je sens!

Elle embrase mes sens.

Délicieux plaisir où mon âme ségare,

Si tu nes quune erreur que le sommeil prépare,

Amour, prolonge cette erreur:

Elle vaut le plus grand bonheur,

Non, jamais, cher amant, ton plus heureux délire

Neut sur moi tant dempire.

Mais, grands dieux, est-ce un songe?

Dans quel trouble il me plonge!

Ah! Dun si doux mensonge,

Amour, embellis mon sort.

Pour rêver à mon Lindor,

Fais-moi sommeiller encor.

Elle se remet sur loreiller, sagite et chante. (Récitatif.)

Je ne dors plus. Jai cessé de jouir.

Je nembrassais quune ombre vaine,

Et mon réveil la fait évanouir.

Dans un songe qui nous entraîne,

Faut-il que lexcès du plaisir

Soit un commencement de peine?

(Air mesuré.)

Sommeil, pourquoi me fuyez-vous? (bis)

Je regrette un moment si tendre:

Lindor était à mes genoux.

Je croyais le voir et lentendre.

Sommeil, pourquoi me fuyez-vous? (bis)

Sommeil, rendez-moi mon vainqueur:

Trompez-moi deux fois au lieu dune.

Un rêve est sans doute une erreur,

Mais le bonheur nen est point une.

Sommeil, pourquoi me fuyez-vous? (bis)

(Elle parle.) Ah! Lindor, mon cher Lindor, si je ne puis te voir, au moins suis-je occupée de toi sans cesse. Eveillée, endormie, je ne songe quà mon Lindor. Faut-il que lavarice de mes parents leur ait fait sacrifier mon bonheur à lappât de quelques richesses, en me livrant à ce vieux Bartholo qui menferme toute la journée, et ne ma encore montré du mariage que les horreurs dun odieux asservissement! Pardonne, cher Lindor, si je fus forcée dobéir: je ten ai dédommagé depuis de tout mon pouvoir. Il est vrai que si les occasions de nous voir ont été rares, cest que je vis sous les yeux dun jaloux qui rôde, veille et gronde sans cesse autour de moi, comme ces chiens à qui lon confie la nuit la garde des jardins... Vrai chien du jardinier, en effet... Il faut pourtant convenir que si lon peut comparer un argus à un chien, le mien nest quun pauvre chien, une bonne bête de chien quil nest pas trop malaisé dattraper. (Elle rit.) Ah! Ah! Ah! Je ne puis mempêcher de rire comme une folle en me rappelant le dernier stratagème que mon amant imagina pour me voir. Lidée de loger dans sa chambre un grenadier qui passait et de venir en sa place présenter à mon jaloux le billet de logement du soldat est une des plus plaisantes choses... Ah! Ah! Ah! Ah! Sous cet habit grivois, avec ces moustaches demprunt, ce sabre, ce bonnet en mauvais garçon, je ne reconnaissais pas dabord mon bachelier. Lair ivre mort quil se donna mit la défiance de Bartholo en défaut. Ah! Ah! Ah! Je lentendais qui disait en le conduisant à son lit: "Pour celui-ci, je ne le crains pas, il na besoin que de sommeil." Et moi, jamais je ne lai trouvé tant éveillé! Ah Ha! Ha! Ha! Quest-ce que jentends? Le bruit des clefs! Cest mon geôlier qui revient. Son seul aspect glacerait la joie la plus immodérée.




Scène II


Pauline, Bartholo.



Bartholo

Bonsoir, ma chère Pauline, ma petite femme, mon coeur. Je rentre un peu tard, bien las, bien fatigué, je tassure. Tu tes sans doute ennuyée en mon absence, mais il ne faut pas me reprocher une course indispensable: tu sais que je te quitte le moins quil mest possible.

Pauline, en bâillant.

Ah mon Dieu oui, je le sais.

Bartholo

Tu me fais bâiller, mon enfant. Sentirais-tu déjà les avant-coureurs du sommeil?

Pauline

Au contraire, ce bâillement en est la suite. Je dormais quand vous êtes arrivé.

Bartholo

Nous nous retirerons ce soir de bonne heure. Il y a plusieurs nuits que je nai pas fermé loeil: jai entendu des bruits sourds, comme des gémissements, et puis un ferraillement, un tapage de chaînes, des voix terribles qui me glaçaient deffroi.

Pauline

Je dormais paisiblement, je nai rien entendu.

Bartholo

Malgré mes frayeurs jai respecté ton sommeil. Mais pourtant si cétaient des esprits, des revenants? Cette maison appartenait avant moi à un contador mayor, et tu sais que ceux qui manient les deniers publics ont plus besoin que dautres de prières après leur mort.

Pauline, à part.

Cest peut-être un nouveau tour de Lindor.

Bartholo

Hem?

Pauline

Oui... de prières après leur mort. Cependant, monsieur, il faudrait voir, consulter. Ce que vous pensez nest pas dénué de fondement; si vous voulez, mon mari, nous irons ensemble au devin.

Bartholo

Oh non, non... Premièrement je ne me soucie pas que tu sortes. Et puis ce sont de si grands fourbes que ces devins!

Pauline

Jen ai rencontré, je vous assure...

Bartholo

Ecoute, mon enfant. (Il chante sur lair du confiteor.)

Quand ma mère fillette était,

Un devin menteur et profane

Lui prédit quelle épouserait

Un assassin à tête dâne.

Vois comme il faut croire au devin:

Mon père fut un médecin,

Le fameux Bartholo, si renommé à Valladolid.

Pauline

Ce nest pas là ce qui mempêcherait dajouter foi à leurs prédictions.

Bartholo

Autre preuve de leur ignorance: cest encore ma mère qui ma conté cela, car elle avait comme toi la faiblesse dy croire. (Même air.)

Quand elle épousa Bartholo,

Une autre sorcière amenée

Lui prédit quelle aurait un veau

Pour tout fruit de cet hyménée.

A leur art ajoutez donc foi!

Ma mère neut denfant que moi

Pauline

Tout cela ne me fait pas changer dopinion. De mon côté, jai des preuves non suspectes de leur profond savoir. (Même air.)

A Burgos quand je demeurais,

Un fameux devin de Castille

Me prédit que je deviendrais

Femme sans cesser dêtre fille.

Jusquà présent, mon cher époux,

Sil ment, je men rapporte à vous.

Bartholo

A cet égard, ma petite, Madrid na pas été fait dans un jour. Songe donc quil y a à peine sept mois que nous sommes mariés, mon fanfan.

Pauline

Moi, monsieur, je réponds à vos arguments contre les devins, voilà tout. Ce nest pas que la vie que je mène soit bien gaie...

Bartholo

Si elle nest pas gaie, elle est honnête et cest le principal. Dom Bazile est-il venu te donner ta leçon de musique?

Pauline

Quand il se serait présenté, ne mavez-vous pas enfermée en sortant?

Bartholo

Tu as raison, mon minet, je ny songeais pas. je suis pourtant fâché de tavoir fait perdre une leçon.

Pauline

Vous pouvez vous dispenser de la regretter, monsieur. Quand vous auriez été ici, je ne laurais pas prise.

Bartholo

Et pourquoi, ma bergère?

Pauline

Quai-je besoin de talents? Pour qui les acquérir? Devant qui les exercer? Je suis condamnée à ne voir personne, et je nai jamais si bien senti que ce que vous donnez à Dom Bazile est de largent perdu. (On entend heurter à la porte.) Cest peut-être lui qui frappe. Je profite de cette occasion pour vous prier de le renvoyer tout dun coup: je ne veux plus entendre parler de rien. Un de ces matins je briserai ma harpe et je jetterai toute ma musique au feu.




Scène III


Bartholo, seul.



Quelle humeur! Quelle humeur! Faites tout au monde pour plaire aux femmes, omettez un seul petit point, et soyez bien sûr quelles ne vous savent aucun gré de tout le reste. (On heurte une seconde fois.) Voyons qui cest! (Il va ouvrir.)




Scène IV


Bartholo, Lindor en moine.



Lindor

Que la paix et la joie soient toujours céans!

Bartholo

Jamais souhait ne vint plus à propos. Y a-t-il quelque chose pour votre service ici, mon révérend Père?

Lindor

Monsieur, je mappelle Dom Roch. Jai lhonneur dêtre sacristain du couvent de monseigneur Saint Antoine. Le révérend Père, lorganiste Dom Bazile qui montre la musique à dona Pauline votre respectable épouse étant incommodé depuis hier, ma prié de continuer toutes ses écolières et de donner surtout mes soins particuliers à la signora Bartholo dont les progrès rapides...

Bartholo

Je crains bien, Père sacristain, que vous nayez pris une peine inutile. Ma femme est dune humeur, ce soir... Quand vous avez frappé, elle me chargeait de renvoyer pour toujours Dom Bazile et menaçait de jeter au feu tous ses instruments. Jai bien à souffrir, mon révérend Père, jai bien à souffrir.

Lindor

Ces petites divisions intestines ne sont malheureusement que trop communes chez les plus honnêtes gens. Mais, monsieur, quand les maris ne peuvent réussir à ramener le coeur ou lesprit de leurs femmes, ils ont recours à nous. Tous nos Pères se font un plaisir de venir à leur secours et de les suppléer. Je suis persuadé que madame est pleine de sens et de raison: vous devriez faire un effort pour lamener ici. Dailleurs, monsieur, la musique rend le calme à une âme agitée de passions, la dispose à recevoir des impressions plus douces, et la met enfin dans une situation dont tout lart de lépoux est de savoir profiter pour ramener chez lui la paix et les plaisirs ineffables qui font le bonheur du mariage.

Bartholo

Vous me consolez un peu, Père sacristain. Je vais essayer de la conduire ici: disposez en attendant tout ce quil faut pour la leçon.




Scène V


Lindor, seul.



Enfin je vais la revoir. Ce nouveau déguisement peut mouvrir une entrée libre ici le jour, et peut-être tirerai-je un aussi grand parti de mes vacarmes nocturnes. Heureux Lindor! Cest pourtant un bon diable que ce Dom Bazile qui pour quelques pistoles dor me prête son froc et menvoie donner la leçon à sa place. Je vais voir ma Pauline! Contiens-toi, mon coeur. Mais songeons à préparer la leçon. (Il chante avec la harpe.) Mais je ne sais ce que jai ce soir. Je sens en moi non plus damour, cela est impossible, mais une ardeur, un feu... Cet habit est-il donc fait de la robe du centaure? Je me sens embrasé comme Hercule. Tâchons cependant de nous modérer. (Il chante avec la harpe.) On dispute, là-dedans. Si elle allait ne pas venir! O ciel! Ecoutons. (Pendant la ritournelle, il prête loreille au fond du théâtre. Il chante.)

"Non, je nirai pas"...

Elle refuse.

Moi je perds, hélas!

Le fruit de ma ruse.

Je perds, hélas!...

Elle refuse!

Ingrate Pauline!

Lamour imagine

Un sûr moyen...

Et ton coeur ne te dit rien!

Je lentends. Craignons de lui causer trop de surprise en me montrant dabord.

Ici se termine le manuscrit du Sacristain. Mais il convient de lui adjoindre deux fragments, publiés par E. Arnould (La Genèse du Barbier de Séville, p. 100-101), qui lui appartiennent par le contenu, lécriture, la nature et le format du papier. Ces fragments permettent de supposer quil y eut jadis un Sacristain complet, qui ne fut pas seulement le brouillon de quelques scènes du Barbier de Séville.




Fragment I


Lindor, Bartholo, Pauline.



Lindor

Seigneur Bartholo, je ne suis plus surpris si votre ménage est aussi souvent divisé. Avec des lubies pareilles à celles dont le hasard ma rendu témoin, il est bien difficile quune jeune femme...

Bartholo, hors de lui.

Vit-on jamais pareille impudence!

Lindor

A mon égard vous avez poussé les choses...

(Trio.)

Bartholo

Oui, ravisseur infâme,

Tu subornais ma femme!

Pauline

Ciel! Pouvez-vous penser

Quon voulût vous offenser!

Prendrait-on le moment

Où mon époux est présent!

Lindor

Votre indiscrète colère

Insulte à mon caractère.

Bartholo

Va, mauvais garnement,

Fuis mon ressentiment!

Pauline

Un si saint personnage!

Lindor

Une femme aussi sage!

Pauline et Lindor, ensemble.

Le ciel nous vengera!

Il vous punira

De cet outrage-là!

Bartholo

Leraleralera,
Je me moque de cela.




Fragment II


Lindor, seul.



Pèlerin un autre (sic), moine le soir, ombre cette nuit, nai-je rien égaré parmi les flots orageux? (Pendant la ritournelle, il examine tout ce quil a apporté. Il chante.)

Comme un vrai moine

De Saint Antoine,

Sans patrimoine

Je vis content.

A la sourdine

Pendant matine

Chez ma Pauline

Je viens souvent.

Quand lheure approche,

Prenons ma cloche:

Si le bonhomme

Est dans son somme,

Din din din din,

Je fais le train

Comme un lutin,

Jusquau matin.

Le misérable,

Qui croit au diable,

Deffroi pâlit

Et se sauve du lit.

Le bruit augmente,

Il se tourmente,

Et laisse enfin

Pauline au sacristain.
Creado por carlos.rouen.menard | 0 comentarios | 10/04/07 20:16

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